
Souvenirs de CAMMAC
Denis Plante: bandonéoniste, auteur et compositeur
Publié à l’origine en 2015.
«Si vous les croisez un jour (vous les avez croisés, c’est certain, si vous êtes des habitués), mes parents vous le confirmeront: je portais encore des couches la première fois que j’ai caressé de mes pieds le sable blond la plage du lac McDonald. Je ne devais pas être bien haut, en tout cas, car de mon altitude la plage me semblait une dune ; le lac, une mer intérieure.
Loch McDonald: nous n’étions plus au Québec, j’en étais certain, mais bien quelque part dans les hautes terres d’Écosse. D’ailleurs, agrippées à la falaise, d’étranges structures ne laissaient-elles pas deviner les vestiges de quelque château hanté? Au fond du lac, ne se cachait-il pas, tapi dans la vase, un monstre terrible, dernier témoin d’éons oublié?
Pittoresque, certes…
Mais pourquoi revenir, année après année?
D’un côté, vous l’aurez deviné, il y avait la musique.
Au cours des étés, j’ai exploré plusieurs instruments, suivant les inclinaisons de ma nature curieuse: j’ai gratté le luth et éventuellement la guitare (notez le souci chronologique), la flûte, malmené la chalémie le Jazz avec mon… hautbois, le clavecin et le piano (à nouveau le souci chronologique).
D’un autre côté, il y avait tous ces amis venus de loin que je retrouvais uniquement l’été. Ceux avec qui je passai une première nuit à la belle étoile, bu au célèbre bar de Lost River une première bière, avec qui je traversai le lac, à la nage, avec qui je fis de la chaloupe, la voile et de la planche, de la pêche (un jour, j’attrapai une barbotte particulièrement agressive que nous apprêtâmes au gros sel, le soir même sur les charbons, sans grand appétit, je le confesse). Ceux avec qui j’appris à parler l’anglais, ne serait-ce que dans l’espoir de partager avec une fille venue d’Ontario les secrets du french kiss.
Finalement, c’était aussi affronter la nature des Laurentides — nous étions sous la tente, voyez-vous. J’y ai maudit le maringouin, caressé la chauve-souris, fréquenté le raton laveur, le castor et nourri les araignées; j’y ai cherché le champignon, pêché la barbotte… ç’a y est, je radote!
Un dernier souvenir: un matin, je fus invité chez les Duschêne pour voir émerger de leurs cocons des chenilles qui passaient de la chrysalide à l’âge adulte du papillon. Cette chenille, c’était un peu un bandonéon, vous voyez, c’était peut-être un peu moi!»
Denis Plante est l’artiste incontournable du bandonéon au Canada et un visage singulier du tango contemporain sur la scène internationale. Soliste charismatique, il est fréquemment invité à se produire avec des orchestres ou au sein d’ensembles de musique de chambre. En 2012, il a remporté l’Opus du disque de l’année pour son disque « Tango Boréal » et le prix du « Créateur de l’année » remis par le Conseil des arts et lettre du Québec. On retrouve ses compositions pour bandonéon sur les labels Flores de Nacar, Atma Classique et Justin time.
